Alain, François et Ségo

Premier pourfendeur de la Ségomania [voir le récapitulatif sur ce blog "I love Ségo"], Alain Duhamel publie aujourd'hui dans Libé une chronique encensante relative à M. Royal : François Hollande. Autant le personnage de Duhamel a tendance à m'agacer, autant j'aime bien, en général, lire ses papiers, bien écrits quoique n'hésitant pas à étaler une culture ostensiblement impressionnante, et que je juge très souvent pertinents sur le fond.
Après avoir donc qualifié Ségolène Royal de phénomène purement médiatique et prévu un dégonflement du soufflé (pour justifier le fait qu'il ait omis de la mentionner dans son bouquin sur les présidentiables de 2007 publié alors que la popularité de Ségo n'était encore que frémissante ?), Duhamel loue les mérites de François et feint de s'étonner de son manque de popularité.
En substance, Hollande, qui dirige le PS depuis 10 ans, est l'homme clé de la gauche ; il a accumulé les succès (quelques défaites aussi mais Duhamel met en avant sa capacité à encaisser le choc de 2002 et minimise sa responsabilité dans le fiasco du référendum). Pourquoi sa popularité ne décolle-t-elle pas ? Notre chroniqueur bonhomme mais parfois acerbe a une thèse flatteuse sur ce point :
"Cela doit se comprendre aussi paradoxalement parce que François Hollande représente un prototype politique trop authentiquement démocratique, trop discrètement moderne pour les électeurs. Dans n'importe quel autre pays de l'Union européenne, François Hollande, leader du principal parti d'opposition, stratège implicite de toute coalition de gauche, porterait l'habit flatteur du leader de l'opposition, du chef de file de l'alternance. José Luis Zapatero, Tony Blair, Angela Merkel, Romano Prodi, ont tout naturellement joué ce rôle. Ici, l'homme d'une coalition alternative doit encore posséder quelque chose de monarchique, de belliqueux, de dominateur ou alors incarner au contraire une nouveauté onirique, un contre-modèle plus médiatique que politique. François Hollande ne relève d'aucune des deux catégories : serait-il faible d'être en avance d'une métamorphose démocratique ?"
Si je transpose la thèse duhamelienne à ma perception propre du premier secrétaire, l'explication me convainc. Politiquement, c'est du PS que je me sens le plus proche. Pourtant, je n'arrive pas à imaginer sérieusement (et je ne le souhaite pas) que ce sera lui qui défendra les couleurs de la gauche en 2007. Le personnage m'est trop indifférent. A mes yeux, il manque de charisme, de force de conviction, de couilles même pour parler cru. Bref, il ne me fait vraiment pas rêver ! Sans doute ai-je donc aussi cette vision "monarchique" de la fonction présidentielle, du moins de la fonction présidentielle de la Ve République. A ce titre, je remarque que tous les exemples cités par Duhamel (Zapatero, Blair, Merkel, Prodi) concernent des chefs de gouvernement et non des chefs d'Etat, tous les pays concernés étant des régimes de type parlementaire et non présidentiel (ou présidentialiste comme la Ve République).
En somme, si Hollande n'a pas le profil du président de la République, il ferait sans doute, sous la Ve République, un très bon Premier ministre. Le Premier ministre de sa femme ?!!


